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  • : Bibliographies de littérature jeunesse & activités autour de la lecture, la recherche documentaire et l'éducation à l'image (collège-lycée)...
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  • Mathilde Bernos
  • Enseignante-documentaliste depuis 1998, j'exerce en collège dans l'Académie de Nice. J'ai animé des formations sur la littérature jeunesse, les carnets de voyage et les blogs dans l'Académie de Versailles.
  • Enseignante-documentaliste depuis 1998, j'exerce en collège dans l'Académie de Nice. J'ai animé des formations sur la littérature jeunesse, les carnets de voyage et les blogs dans l'Académie de Versailles.

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 09:48

 

Anaïs Massola, libraire dans le 18e arrondissement de Paris, défend  le droit à une lecture accessible au plus grand nombre et accompagne ses  lecteurs dans leurs choix. Elle sélectionne les ouvrages avec attention et s’investit dans des actions concrètes, comme le projet « Lecture Plus », dans des écoles, avec des rencontres d’auteurs, un salon du livre de jeunesse en juin... Elle est aussi impliquée dans l’association des libraires francophones, qui aide des habitants de pays plus défavorisés à se former et monter leur librairie. Acheter un livre dans une librairie indépendante est devenu un acte militant ! Vous soutenez ainsi un métier important et recevez idées et conseils.


(Voir l'article "CDI et librairies : vive m'indépendance !")

 


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Anaïs Massola, « Le Rideau Rouge »

71 Rue Riquet - 75018 Paris

 


 

Comment as-tu décidé d’ouvrir une librairie ?


J’étais toujours dans un entre deux. J’ai fait des études de médecine, ensuite de maths et puis en même temps, je lisais beaucoup. Je me posais des questions : enseignante ? je n’avais pas tellement envie, parce que mon père l’était… j’ai pensé à bibliothécaire, j’ai même travaillé comme aide-documentaliste dans un collège, mais le côté relations aux élèves, un peu flic… je ne pense pas avoir assez d’autorité et de patience pour y arriver. Je me suis posé la question de passer les concours de bibliothécaires, mais moi et les études, c’était déjà pas fameux, alors les concours, n’en parlons pas ! L’idée de la librairie, c’est venu assez tard, parce que le commerce ne fait pas partie de la culture familiale. Mon fils grandissait et je commençais à m’intéresser de plus en plus à la littérature jeunesse. J’habitais dans un quartier où il y avait une librairie qui avait un tout petit rayon jeunesse, mais ce n’était pas énorme et je commençais à me dire : « ce serait bien s’il y avait une vraie librairie jeunesse à côté de chez moi ! » Quand on est parent, c’est toujours plus difficile de se déplacer. C’est là que ça a commencé à faire « tilt » : d’un côté j’avais ce besoin d’une librairie et de l’autre côté, je cherchais ce que je pouvais faire. À un moment je me suis dit : « Tiens, et si c’est toi qui l’ouvrais, cette librairie ! » C’est donc ce que j’ai fait, en décembre 2004.

 


 

Tu n’as pas fait d’études particulières pour devenir libraire ?


Pas du tout ! Quand j’ai commencé à me renseigner, je me suis rendue compte que ce qui était bien dans le métier de libraire, c’est qu’on n’avait pas besoin de faire d’études ! Ni de passer de concours… J’étais allée voir une association qui fait des prêts, des subventions, et qui a trouvé que passer six mois en librairie était suffisant pour acquérir le métier, même s’il y avait bien sûr des formations, mais je ne voulais pas y aller ! Avec du recul, je dirais que plus on passe de temps en librairie, mieux on est préparé, surtout quand c’est sa librairie. Après, ça dépend des parcours… Moi, j’étais une lectrice de fond, pas une lectrice de nouveautés. Il y avait plein d’auteurs connus qui m’avaient échappé, parce que ça ne m’intéressait pas, j’étais restée au 19e siècle… Grosso modo je m’étais arrêtée à 1950 et après je ne lisais plus rien ! Ou à peine, genre Pennac, ou quelques petits trucs comme ça. Du coup, au début, ce n’était pas évident, pour savoir si c’était bien ou pas, pour choisir, sélectionner les livres… J’ai donc travaillé dans une librairie pour me former. Au bout de trois mois, je savais que c’était ce que je voulais faire. Trois mois plus tard, je commençais à mettre en place le projet. Il m’a fallu un peu moins d’un an pour le formaliser : monter une étude de marché, les plans de financement, trouver le local. D’après mon étude de marché, il y avait 30 % des gens qui allaient faire leurs achats dans la petite librairie-papeterie du quartier et à peu près autant qui allaient à la FNAC. Mon idée, c’était de récupérer ceux qui allaient à la FNAC ! Il n’y avait pas de concurrence directe avec la librairie-papeterie, on n’est pas sur le même créneau.

 


 

Quel est pour toi l’intérêt de ce métier ?


C’est de bosser avec les bouquins ! En même temps il y a le côté gestion de stocks qui satisfait mon côté un peu matheux ! Le métier de libraire a besoin d’énormément de rigueur d’une manière générale. Et puis je voulais être indépendante : plus de patron, plus d’ordres, une autonomie totale ! Je décide tout, je fais ce que je veux… entre guillemets, parce que je n’ai jamais autant bossé ! Mais je bosse pour moi, donc ça fait une sacrée différence. 

 

 

 

Comment as-tu choisi ce quartier ?


En fait, j’y habitais ! Au départ, je voulais ouvrir ma librairie à Ménilmontant, parce que j’y avais bossé, je trouvais le quartier sympa et je savais qu’il n’y avait pas de librairie là-bas. Je venais d’emménager depuis quelques mois et je me suis dit : « il n’y a pas besoin de chercher midi à quatorze heures, ici, il n’y a pas de librairie et il est très bien ton quartier ! »

 

 

 

Est-ce que tu as un fonds privilégié pour la jeunesse ? Comment choisis-tu les livres de ta librairie ?


Le rayon jeunesse est un gros morceau de la librairie et ça représente un peu plus de 20 % du chiffre d’affaires, dès le départ. Et pour attirer le public, surtout un certain public qui n’a pas l’habitude, c’est plus facile par les enfants. Et puis j’étais dedans depuis un moment. Et c’est un domaine qui m’intéresse, plein de créativité. C’est plus facile à appréhender, parce que les lectures sont moins longues : on peut lire plus vite et se faire une idée plus rapidement. Ça et les BD sont mes deux gros rayons. Pour les essais c’était important pour moi de faire un rayon très engagé politiquement. Pour la littérature, ça dépend des moments. Au début, j’avais beaucoup de littérature française et puis de moins en moins. J’essaie de cibler un peu, en fonction de mes goûts. Le grand avantage d’être dans une petite surface, en librairie, c’est que qu’on n’est pas dans un endroit où les éditeurs déposent leurs bouquins et je choisis presque tous les livres qui sont en magasin. Je reçois parfois des « offices sauvages », des livres que je n’ai pas demandés, mais ça repart ! Ce que je ne choisis pas réellement, c’est ce que je ne peux pas louper comme vente, comme le Marc Lévy… J’en fais quelques-uns comme ça, mais les livres intermédiaires qui se vendent ailleurs, je peux m’en passer et je n’en propose pas.

 

 

 

Tu as organisé des actions pour les jeunes ?


Il y a un projet avec les écoles primaires, " Lecture Plus ", que l’on va essayer d’étendre au collège, sans doute l’année prochaine. C’est un gros travail, avec un comité, une sélection de livres, des rencontres avec les auteurs, la préparation de la librairie avec les enfants et l’organisation d’un salon de littérature jeunesse en fin d’année.

 

 

 

As-tu aussi un public de lycéens ?


J’en ai quelques-uns, mais les lycéens sont plus mobiles, ils n’ont pas de librairie d’attache. J’ai quelques lecteurs attachés, souvent ceux qui ont commencé à venir à l’ouverture de la librairie et qui grandissent, mais les autres vont et viennent. Je pense qu’ils achètent des bouquins, mais pas forcément chez moi. S’ils passent et que j’ai ce qu’ils cherchent, très bien, mais ils ne prennent jamais le temps d’une commande.

 

 

 

Tu es aussi engagée dans une association de libraires francophones ?


Oui, l’AILF. La majorité de nos adhérents sont en Afrique de l’Ouest et au Maghreb, même s’il y a des libraires dans le monde entier et dans des pays non-francophones aussi. En fait, l’idée est de monter des formations pour aider les libraires à se professionnaliser, de faire du lobbying pour favoriser leurs conditions commerciales, etc. J’y suis depuis quatre ans et maintenant, je suis trésorière !

 

 

 

Comment imagines-tu l’avenir de la librairie ?


Pour l’instant c’est trop flou pour m’avancer. Je pense qu’il y a des choses qui sont en train de se jouer. Les libraires sont solidaires entre eux, mais ne sont pas capables de se réunir pour travailler ensemble. Trop de caractères indépendants. Du coup, je pense que ça ne va pas nous aider à imaginer comment s’accaparer le numérique pour en faire quelque chose de bien. A priori, c’est clair que les éditeurs se passeraient bien des libraires, sur le net, parce que ça leur fait une marge en moins à payer… D’ailleurs les auteurs se passeraient de plus en plus des éditeurs, dans le même ordre d’idées… Et on ferait juste une communauté de lecteurs et d’auteurs et tout le monde parlerait ensemble…  et on se dispenserait de passeurs, de censeurs… Je pense que ce rôle, justement, est plus important qu’avant, dans la masse de la production actuelle et à venir. Quand il y aura vraiment le numérique, on aura encore plus besoin de gens pour sélectionner. Mais je ne sais pas du tout si ce sont les libraires actuels qui le feront. C’est une partie de notre métier, mais c’est le grand flou, ce n’est pas tout de suite, à mon avis, mais dans 10/15 ans que la révolution sera terminée… Mais je ne peux pas trop m’avancer. Les éditeurs numériques verrouillent tellement pour l’instant les formats, les prix. Le livre numérique ne fait que 20 % de moins que le prix du livre normal. Pour l’instant, ça n’a pas d’intérêt. Il y a encore beaucoup de questions en suspens : quelle sera l’évolution du matériel, est-ce qu’on loue les bouquins ou pas ?... Amazon a supprimé certains livres pour certains supports de lecture, parce qu’ils avaient des problèmes de paiement de droits d’auteurs. Ils essaient tellement de tout verrouiller de peur que ça leur échappe, que ça nous laisse du temps, pour réfléchir à une autre manière de faire. Mais c’est quand même une chance inouïe d’imaginer qu’on va pouvoir envoyer de la lecture sur fichier numérique, dans des pays où ça peut devenir ainsi accessible, surtout si on combine ça avec une impression à la demande. Dans les pays moins développés, il pourrait y avoir un plus grand accès à la culture, aux livres techniques, aux dictionnaires… Il faut aller dans ce sens-là. Il y a des textes qui sont tombés dans le domaine public et qui doivent être accessibles à tout le monde. J’aimerais que les libraires s’emparent de ça. Il faudrait que l’on ait des sites Internet... ou par mailing… On peut avoir un rôle là-dedans si on n’est pas les « petits commerçants ». Parce que si on est juste des petits commerçants, le militantisme du client qui viendra acheter un livre chez nous plutôt qu’ailleurs, un jour ou l’autre, ça va s’arrêter. Ou alors, on deviendra des surfaces culturelles, où l’on fera des animations et peut-être qu’on sera payé pour notre rôle d’animateur… Mais pour le reste, je pense que ça ne vaut le coup que si on milite pour une lecture accessible au plus grand nombre. Et du coup, qu’on n’hésite pas à proposer de la gratuité, surtout pour les œuvres fondamentales. Je trouve ça hyper intéressant d’imaginer de pouvoir proposer gratuitement, mais en choisissant, des oeuvres de Barbey d'Aurevilliers que j’adore… plutôt que celles de Balzac qui m’emmerdent ! De jouer ce rôle-là, même sur du gratuit. Mais c’est encore flou, les idées que je te donne !

 

 

 

Quel est le rôle du libraire par rapport aux jeunes lecteurs ?


Avec le projet « Lecture Plus », l’objectif est de leur apprendre à être critiques. Il faut qu’ils sachent choisir ce dont ils ont besoin et que ce sens critique leur évite de se faire rouler dans la farine par des campagnes marketings de plus en plus performantes. Je pense que notre rôle de libraire est là-dedans. Ça passe, dans une librairie, par la sélection des bouquins. Même si on a besoin de vendre du Katherine Pancol pour pouvoir vendre autre chose… Mais la réalité c’est aussi : combien de lecteurs de Katherine Pancol passent à autre chose ? Même si on peut lire Pancol et autre chose… Mais ceux qui ne passent pas à autre chose, comment fait-on pour les faire passer à autre chose ? C’est presque mission impossible…

 


 

Est-ce que tu crois qu’il y a beaucoup de libraires aussi engagés ?


Non… Enfin, je ne dis pas « pas du tout » ! Mais il y a pas mal de libraires qui sont des lecteurs un peu précieux, ils sont dans l’amour de la littérature. Les libraires ne sont pas de grands commerçants, parce qu’ils n’aiment pas jouer avec la notion d’argent, mais il y en a beaucoup qui ont besoin d’un confort.  Et ils aiment bien les paillettes qu’il y a autour de ça. Quand on est libraire, on devient un notable dans un quartier. Dans une ville en province, c’est encore plus flagrant. On est invité à des petits-déjeuners au Lutetia, on rencontre des auteurs… On peut jouer dans la cour des grands ! Dans « Télérama », j’ai lu un article qui disait : « on a le cinéma qu’on mérite ». Si on a un cinéma hyper mercantile, c’est aussi parce qu’on va le voir et qu’on l’appuie. Je pense que si on a une littérature – ça change depuis quelques années- mais si on a eu une littérature française très peu engagée, très narcissique, très nombriliste… ce n’est pas anodin non plus : les libraires ont poussé là-dedans, tout le monde a fait un peu le jeu de ça. Cela reflète une profession. Il faut en arriver à Sarkozy pour que ça bouge, qu’on retrouve un peu plus de romans sociaux !

 

 

 

Quels sont tes plaisirs de libraire ?


Il y en a plein ! Même faire la compta… Parler avec les gens, conseiller, choisir, surtout. Passer du temps dans les bibliographies, choisir les livres, continuer à apprendre, puis après tous les petits trucs, genre faire une vitrine. Mais vraiment le côté travail de bibliographie est un des aspects qui m’intéresse le plus.

 

 

 

Que dirais-tu en conclusion à de jeunes lecteurs ?


On a la littérature qu’on mérite. A un moment donné, si ce qu’ils voient en magasin, dans les grandes surfaces ne leur plait pas, il faut qu’ils comprennent qu’il y a un système derrière. Aller dans les petites librairies, quand la sélection leur plait, et soutenir un travail plus minutieux et plus engagé, c’est comme le panier bio ou ce genre de trucs. C’est un petit pas de fourmi, mais c’est important, parce que ce n’est pas anodin. Faire un achat dans une grande surface multiculturelle dans les années 80, ça pouvait avoir du sens. Aujourd’hui, avec les politiques qu’ils ont par rapport à leurs salariés, les politiques d’achats en centrale d’achat, les libraires n’ont plus, ou beaucoup moins, la main mise sur le choix, les sélections. C’est appuyer un système qui se passe de la décision humaine et donc de la réflexion. C’est une question de responsabilité. Ce n’est pas parce qu’on a treize ans que l’on n’est pas responsable !

 

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Publié par Mathilde Bernos - dans Rencontres
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