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  • : Bibliographies de littérature jeunesse & activités autour de la lecture, la recherche documentaire et l'éducation à l'image (collège-lycée)...
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  • Mathilde Bernos
  • Enseignante-documentaliste depuis 1998, j'exerce en collège dans l'Académie de Nice. J'ai animé des formations sur la littérature jeunesse, les carnets de voyage et les blogs dans l'Académie de Versailles.
  • Enseignante-documentaliste depuis 1998, j'exerce en collège dans l'Académie de Nice. J'ai animé des formations sur la littérature jeunesse, les carnets de voyage et les blogs dans l'Académie de Versailles.

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 15:49
 

" Le document dans tous ses états !!! "

les rapports entre Art et Document à l’époque contemporaine

 

logo-doc

PLAN 

INTRODUCTION

  • Qu’est-ce qu’un document ?
  • Sous quelles formes trouve-t-on l’information dans un document ?
  • A quoi sert un document ?
  • L’œuvre d’art peut-elle avoir une valeur documentaire ?
  • Les artistes utilisent-ils des documents dans leurs œuvres ? Comment ?

 

I – LE DOCUMENT : UN MATERIAU POUR LES ARTISTES

 

1. Le document représenté

 

2. Le document récupéré

         2.1 Le document support de l’œuvre

         2.2 Le document collecté

         2.3 Le document collé : quelques exemples dans divers courants d’avant-garde

 

II – LE DOCUMENT : SOURCE DE L’ŒUVRE

 

1. Le document reproduit

         1.1 Le document source d’inspiration

         1.2 Le document pastiché

         1.3 Le document détourné

 

2. Le document manipulé

         2.1 Le rôle de la légende

         2.2 Le document falsifié

         2.3 Le document mis en scène

 

3. Le document (re)créé

         3.1 L’œuvre-message

         3.2 De la mémoire collective à la mémoire individuelle

         3.3 L’autofiction

 

CONCLUSION

  • Quels documents sont utilisés par les artistes ?
  • Avec quelles techniques sont-ils intégrés à l’œuvre ?
  • Quelle est leur position par rapport au document ?
  • Quelle est leur intention ?

 

 

DIAPORAMA

 

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NB : Les oeuvres présentées sont la propriété de leur auteur ou de leurs ayants-droit.

 

Erratum : p. 9 : "la définition" sans "s" bien sûr !

N'hésitez pas à signaler d'autres coquilles.

 

 

COMMENTAIRES DU DIAPORAMA

 

INTRODUCTION

 

  • Qu’est-ce qu’un document ? 

En Sciences de l’information, on peut définir un document comme…

- un support d’information 

à livre, périodique, disque, cédérom, dévédérom, site…

- réalisé avec des différents matériaux 

à anciens : argile, papyrus, parchemin, pierre, bois…

à plus récents : papier, magnétique, optique, dématérialisé (sites Internet)

 

  • Sous quelles formes trouve-t-on l’information dans un document ?

Une information peut être transmise sous différentes formes :

- Texte : article de périodique, livre…

- Son : émission de radio…

- Image fixe : photos de presse… 

- Image animée : infos télévisées… 

- Multimédia : sites Internet…

 

  • A quoi sert un document ?

Cela dépend de la position que l’on a par rapport au document…

Pour celui qui le crée : témoigner, transmettre une info, un message, en le mettant en forme.

Pour celui qui l’utilise : acquérir une connaissance, un savoir, un renseignement fiable, une preuve.

 

Mais l’intention d’informer peut être détournée…

Son auteur peut camoufler ou falsifier l’information : pour convaincre, manipuler l’opinion…

Son utilisateur doit s’assurer de sa fiabilité : quelle est la source, la date… du document.

 

  • Une œuvre d’art peut-elle avoir une valeur documentaire ?

Cela dépend de la définitions du mot…

En histoire, un document-source est un document contemporain de l’époque étudiée.

Il permet à l’historien de mieux comprendre cette époque.

L’histoire est surtout liée à l’écriture. Avant son invention, on parle de Préhistoire.

Mais tout ou presque peut devenir document pour un historien : texte, objet, image… tout ce qui procure des informations sur une époque.

 


Les œuvres d’art sont parfois conçues avec une intention documentaire

 

- Colonne Trajane, 113 ap JC, marbre, 42,2 m de hauteur, 200 m en déroulé, détail

Dès l’Antiquité, les monuments permettent de glorifier des batailles, des personnages célèbres… Ils construisent la mémoire collective.

La colonne Trajane raconte les deux guerres que l’empereur Trajan a menées contre les Parthes et les Daces en Germanie (101-102 et 105-106 ap JC). Elle a été réalisée pour l’honorer et mémoriser ses victoires et devait recevoir ses cendres.

 

Mais les images peuvent s’arranger avec la « réalité historique »…

- Jacques-Louis DAVID. Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand-Saint-Bernard, 1800, Huile sur toile, 271 × 232 cm, Berlin 

à Antoine-Jean GROS. La bataille du Pont d’Arcole, 1796, Huile sur toile, 130 cm × 94 cm, Château de Versailles

Ces œuvres d’art ne montrent souvent qu’un aspect des choses…

celui que leurs riches commanditaires ( souverains…) voulaient les transmettre. 

Napoléon fit un usage important de la propagande pour conquérir le pouvoir puis le consolider. Dès sa campagne d'Italie, alors qu'il n'était que le général Bonaparte, il se fit représenter lors de la bataille du Pont d'Arcole tenant un drapeau à la main.

Parvenu au sommet du pouvoir, Napoléon impose aux peintres et sculpteurs de l’idéaliser. Il veut contrôler son image et il déteste de poser. Il répond à David :

«  — Poser ? A quoi bon ? Croyez-vous que les grands hommes de l'Antiquité dont nous avons les images aient posé ? 

    — Mais citoyen premier consul je vous peins pour votre siècle, pour des hommes qui vous ont vu, qui vous connaissent, ils voudront vous trouver ressemblant.

    — Ressemblant ? Ce n'est pas l'exactitude des traits, un petit pois sur le nez qui font la ressemblance. C'est le caractère de la physionomie ce qui l'anime qu'il faut peindre. […] Personne ne s'informe si les portraits des grands hommes sont ressemblants, il suffit que leur génie y vive. »

 

  • Les artistes utilisent-ils des documents dans leurs œuvres ? Comment ?


I – LE DOCUMENT : UN MATERIAU POUR LES ARTISTES

 

 

1. Le document représenté

Le document peut-être le sujet représenté par l’œuvre, quelle que soit son époque… et pour des raisons différentes.

 

- Le Scribe accroupi, , 2500-2350 av J.-C. Sculpture, Calcaire, albâtre,cristal de roche. 53,7 X 44 X 35 cm, Musée du Louvre

En Egypte antique, le scribe était un personnage particulièrement important, l’un des rares sachant écrire. D’où sa représentation en sculpture ou peinture.

 

- Pieter VAN STEENWYCK (1615-1654), Ars longa, vitta brevis, Huile sur toile. 74,5 x 96,5 cm, Vente publique

Au 17e siècle, dans les Vanités (natures mortes allégoriques, qui suggèrent que l'existence humaine est éphémère et vaine), il était fréquent de voir des livres ou des gravures (avec d’autres objets), vanité des biens terrestres et du savoir.

 

-Joseph SUDEK, Le labyrinthe sur ma table, 1970. Photographie, Musée de l’Elysée, Lausanne

Joseph Sudek était photographe à Prague. Dans les années 40, en pleine guerre, il était dangereux de sortir dans la rue avec son appareil. Il prit l'habitude de photographier depuis sa fenêtre et chez lui. Dans la série des labyrinthes, ses objets précieux ou quotidiens, comme des feuilles de papier froissé, sont dispersés au hasard de la vie. Souvent offerts par des proches, leur image est à leur mémoire.

 

 

2. Le document récupéré

 

       2.1 Le document support de l’œuvre

- Maître des Heures de Marguerite d’Orléans, vers 1430, BNF

Au Moyen Age, le codex (livre manuscrit) sert de support à de nombreuses miniatures peintes.

 

- La Méthode d'Archimède, IXe siècle, transformé en livre de prières au XIIIe siècle, à Constantinople

A cette même époque, un Palimpseste est un manuscrit sur parchemin, dont on a fait disparaître l'ancienne écriture, pour écrire de nouveau. Le support est rare et cher et les moines le réutilisent après l’avoir lavé, gratté, puis poncé. Les usages (coutumes, liturgies, etc.) se renouvellent, et certains textes deviennent désuets. Ils peuvent alors laisser la place à de nouveaux écrits. Les raisons sont aussi d'ordre idéologique : faire disparaître un texte païen au profit d'un texte chrétien... Le texte ancien ne disparaît pas complètement, car un grattage trop sévère rendrait le parchemin inutilisable. On peut toujours en apercevoir les traces.

Par extension, « palimpseste désigne tout ce qui met un texte en relation avec d’autres textes, une œuvre en relation avec d’autres œuvres... Comme si les œuvres antérieures transparaissaient en filigrane.

 

- Pierre ALECHINSKY. Cagouilles, 1993. Eau-forte sur papier

Au 20e siècle, des artistes réutilisent des supports déjà écrits, par choix esthétique. Pierre Alechinsky achète de vieux papiers au marché aux puces (lettres, documents de notaires…) et dessine par-dessus. Du motif initial surgit l’image. Une tache devient œil, une ligne, pluie….

 

- Yvan SIGG. ANP#491, septembre 2010. Dessin sur papier journal

Yvan Sigg, peintre-écrivain, utilise différentes techniques : peinture, gravure, sculpture, carnets de voyage, mail art… Presque chaque semaine, il s'amuse à détourner la couverture de l’hebdomadaire gratuit A nous Paris.

Il n'hésite pas à le faire avec d'autres magazines, comme Télérama.

http://ivansigg.over-blog.com et http://www.ivan-sigg.com

 

- Max SAUZE, Petite cible

à La Bibliothèque du mur du fond, 1998 

à Feuilleté d'écritures

Dans son jardin, le sculpteur Max Sauze a réalisé plusieurs sculptures de papier : feuilles de livres empilées, roulées, encastrées… Les intempéries s’en mêlent et l’œuvre évolue au fil du temps.

http://www.max-sauze.com/pages/jardin/papier/jardin-max-sauze-papier.html

Son travail à partir du livre est antérieur. Il raconte : « J’ai rencontré “un livre” en 1975. Je n’en connais plus le contenu mais je l’ai coupé en deux par une ligne courbe, nette, à la scie sauteuse. Je l’ai ficelé et recollé. Il est devenu “Livre Quelque Chose”. […] c’est à cause de celui-là que j’ai décidé de tous les fermer. J’en ai fermé plus d’un millier… découpé, tranché, arraché, enterré, brûlé, cloué, boulonné, tordu, roulé, attaché, percé, assemblé, morcelé, collé, noyé, essoré, écrabouillé, pulvérisé, bouleté, rouleauté, déchiré, gratté, broyé, rafistolé, réparé, enjolivé… Mon intention n’était pas de les détourner ou d’en faire des “livres objets” mais bien de les fermer pour les faire taire, un temps. Le temps de retrouver le vrai sens des mots et d’ouvrir la parole afin de lui redonner toute sa vérité. À force de consigner par l’écriture et d’investir cette écriture du vrai et du juste, l’homme a transformé sa langue en outil de mensonges. C’est un peu comme si l’écriture avait volé la vérité à la parole. Pour moi, fermer les livres c’est ouvrir la parole. Mes Livres fermés sont devenus palimpsestes. J’ai superposé sur la chair de leurs mots mes propres signes. En les faisant œuvres plastiques ils deviennent universels et ne parlent plus que de l’essentiel. Habillés de révolte, ils nous interrogent : “Qui sommes-nous ? ” […] »

http://www.max-sauze.com/pages/sculptures/livres%20Ferm1/max-sauze-livres1.html


2.2 Le document collecté

- Kurt SCHWITTERS. Tableau Merz, 1921 

L’art Merz, inventé par Schwitter en 1920, vient des mots « Kommerz » (de « Kommerz Bank », mot présent sur une de ses œuvres), et « ausmerzen », détruire, supprimer. Ce mouvement concerne la peinture, mais aussi l’architecture, le théâtre, la poésie. Il cherche à s'approprier les détritus, les rebuts de la société industrielle et urbaine. Il fait entrer la réalité quotidienne dans l'art, sans idée de message politique ou d'esthétique d'opposition.

 

- Jacques VILLEGLÉ. Rue Desprez et Vercingétorix. La Femme, 12 mars 1966. Affiches lacérées marouflées sur toile, 251 x 224 cm, Musée Ludwig, Cologne, Allemagne

Les Nouveaux Réalistes utilisent aussi des objets pour créer leurs œuvres. Jacques Villeglé s’approprie la réalité de la rue, en récupérant des affiches lacérées en ville et en les collant sur une toile : « Je vole la peau des murs ».

Les morceaux arrachés laissent apparaître des bouts d’images, des caractères d’imprimerie de pub ou de film… L’image ainsi composée est poétique et imprévue.

D’autres affichistes ont travaillé selon le même principe : Hains, Rottella, Dufrêne…

 

- Hervé Le Tellier. L’herbier des villes, Editions Textuels, 2010

Hervé Le Tellier fait parti de l’OULIPO (Ouvroir de Littérature Potentielle) qui se donne des contraintes littéraires.

Pour son « herbier des villes », les objets (dont un carnet, des cartes de visite…) ont vraiment été "récoltés" par l'auteur et son fils. Sa démarche est un hommage à Kurt Schwitters. Chaque objet est accompagné d'un haïku et d'une fiche signalétique. Les détritus industriels fournissent, dans leur accumulation, une photographie de la ville et de son époque. Le Tellier crée ainsi un faux document : un herbier est à l’origine une collection de plantes, indispensable à aux études botaniques et pour classer les plantes.

 

 

 2.3 Le document collé : exemples dans divers courants d’avant-garde

 

Les Chromos

- Passe passe passera. Paris, Nouvelle librairie de la jeunesse, L. Westhausser, [vers 1890], BnF

et autres exemples de chromos.

Au 19e siècle, c’est la mode de la chromolithographie : des feuilles d’images en couleurs, prêtes à être découpées… La réclame s’empara de cette technique et produit des affiches, des illustrations de livres, mais également des images à collectionner. Cette imagerie populaire, souvent religieuses, morales ou patriotiques, est largement diffusée par le colportage. Les enfants les collectionnent, les adultes en collent dans des journaux intimes, carnets de voyage, ou sur des cartes de vœux.


- Jacques PREVERT, Portrait de Janine, Collage sur Papier, 61 X 49 cm

Jacques Prévert et d’autres artistes (Max Ernst, les surréalistes…) s’inspirent de cette mode populaire pour réaliser des collages.

 

 

Collages et mouvements d’avant-garde


Ce mot vient d’un terme militaire, désignant les soldats envoyés en éclaireur. 

Les mouvements d’avant-garde du 20e siècle veulent faire table rase du passé, par la destruction, l’oubli ou le détournement de ce qui a précédé. Ils regroupent des artistes qui tentent de fonder un art nouveau. La société a beaucoup changé avec l’industrialisation, la guerre… et on ne peut plus continuer à créer de la même manière.

 

Le Cubisme est un mouvement artistique qui se développe de 1907 à 1914. Il s’inspire d’une lettre de Cézanne à Émile Bernard en 1904 : « Traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective, soit que chaque côté d'un objet, d'un plan, se dirige vers un point central. ». Les cubistes abandonnent l'unicité de point de vue pour en introduire de multiple dans l’œuvre. Ils s'affranchissent de la perspective pour donner de l’importance aux plans, en faisant éclater les volumes.


- Pablo PICASSO. Bouteille de Vieux Marc, Verre et Journal, 1912. fusains, papiers collés/papier, 63 x 49 cm.

- Georges BRAQUE, Guitare, 1912, papiers collés

Picasso invente la technique des « papiers collés » en 1912 avec Georges Braque. Des éléments de la réalité sont réintroduits dans la représentation déconstruite, donnant des indications de matière à l'objet représenté (faux bois ou toile cirée).  Après les premières expériences, tout matériau peut être intégré dans les toiles : bois, cartes à jouer, ticket de métro, coupures de journaux, papier craft, tabac, cartes de visite, cartes postales ou à jouer... C’est une façon d’expérimenter une nouvelle façon de peindre et de dénoncer l’arbitraire de la représentation picturale.

 

- Tristan TZARA, Manifeste sur l'amour faible et l'amour amer, 1921

Dada, ou le Dadaïsme, est un mouvement intellectuel, littéraire et artistique qui, entre 1916 et 1925, remet en cause toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistiques et politiques. Ses artistes se voulaient irrespectueux, extravagants, méprisant les «vieilleries» du passé. Ils recherchaient une grande liberté de créativité, pour laquelle ils utilisèrent tous les matériaux et formes disponibles. Dans un état d’esprit rebelle, les dadas sont préoccupés par le devenir de la civilisation, de ses choix politiques. Nous sommes au lendemain de la 1ère Guerre Mondiale, à une époque qui a connu la guerre, la crise, le chômage, l’inflation. Les anciennes valeurs ont été douloureusement remises en question.

 

 - Raoul HAUSSMANN. ABCD, Portrait de l’artiste, 1923

Le berlinois Raoul Haussmann s’est déclaré l’inventeur du photomontage, en collaboration avec Hanna Höch, en 1918. C’est à ses yeux un des moyens de destruction de l’unité plastique de l’œuvre. Issu des collages cubistes et des accumulations de textes découpés des futuristes, il crée « une nouvelle unité qui dégage du chaos de la guerre et de la révolution une vision-reflet optiquement et conceptuellement nouvelle ». Il assemble plusieurs matériaux : photographie, typographie, dessin, peinture et même reliefs d’objets trouvés, comme Schwitters. Les lettres juxtaposées ne forment aucun mot connu : il fragmente le langage pour en montrer le côté arbitraire et inviter à s’en libérer.

 

Le surréalisme est un mouvement artistique qu'André Breton définit dans le premier Manifeste du Surréalisme en 1924, comme « un automatisme psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ». C’est l’époque où la psychanalyse se développe et on découvre le fonctionnement du psychisme humain, des rêves…

 

- Max Ernst (1891-1976), Collage

Max Ernst réalise des collages à partir de gravures anciennes : « ce qui suscite l’image, c’est la rencontre absurde de ces documents disparates, faits pour être regardés un par un, mais liés ici en dépit du bon sens, par une rêverie. » Il illustre des romans avec ses collages : La femme cent têtes en 1929, Une semaine de bonté en 1934…

 

- Jacques PREVERT. Le billard céleste, Collage sur papier, 16,5 X 13 cm

Jacques Prévert réalise des collages à partir de photographies, chromos… Ses images étranges semblent tirées d’un rêve... Mais elles sont aussi souvent une critique humoristique de la religion, de la société.

 

D’autres courants artistiques ont recours au collage, technique qui se développe tout au long du 20e siècle. 

- Alexandre RODTECHENKO. , La Crise, 1923 

Alexandre Mikhaïlovitch Rodtchenko (1891- 1956, Moscou) est un artiste russe à la fois peintre, sculpteur, photographe et designer. ll réalise de nombreuses affiches politiques, affiches de films, affiches et objets publicitaires, à partir de collages, influencés par le constructivisme, dont il est l'un des fondateurs dans les années 20. Ce mouvement s’intéresse à une construction géométrique de l'espace, utilisant des éléments tels que le cercle, le rectangle et la ligne droite. Dans la lignée du cubisme et du futurisme, il concerne aussi bien la sculpture, le design, que l'architecture. Le but est d'exclure le réel de l'œuvre.


- Herbert BAYER, Le Citadin Solitaire, 1932. Photomontage de copie à la gélatine d’argent avec lavis et aérographe, 41 x 29,8 cm.

Herbert Bayer est un artiste autrichien (1900-1985), formé au Bauhaus, un institut des arts et des métiers, fondé en 1919 à Weimar (Allemagne) par Walter Gropius. Cela désigne aussi un courant artistique regroupant des architectes, designers, photographes, danseurs, costumiers…

 

- Richard HAMILTON. Just What Is It That Makes Today’s Homes So Different, So Appealing ?

1956, Collage photographique, 26 X 25 cm. Collection particulière

Richard Hamilton (1922-) fait parti du courant artistique Pop Art anglais. Il est passionné par la culture urbaine des années 50 : le progrès technologique et le comportement humain. Il utilise comme matériel des photographies et images découpées dans les journaux, dépliants publicitaires… Les photographies font référence au réel, mais le traitement qu’Hamilton leur inflige est un moyen de se détacher de cette réalité. Il montre avec humour et caricature la société de surconsommation.

 

Au cours du siècle, le collage prend de plus en plus de place dans les arts visuels : art postal (mail art), carnets de voyage (scrapbooking), pochettes de disques (Revolver, Beatles, 1966, Led Zeppelin 3, 1970), affiches… Au début des années 70, l’invention du bâton de colle Uhu permet une grande diffusion du procédé. Mais il perd aussi son aspect non-conformiste.

 

La naissance du Mail-Art est attribuée à Ray Johnson, né aux Etats Unis en 1927. Après des études d'art à New York, il entame, au milieu des années 50, la production de collages rehaussés de peinture et d'encre, qu'il appelle moticos. Exoposés dans les rues, ceux non vendus sont découpés pour être envoyés à ses amis et à ceux qu'il admire. Le mail art est né !

 

Peter BEARD est un photographe de mode. Il part vivre au Kénya dans les années 60, où il étudie les animaux et s’engage contre la destruction de la civilisation et de la faune africaines. Ses carnets intimes, qu’il tient depuis l’âge de 11 ans, mêlent images de mode, de reportage, collages de tickets, papiers divers…

 


II – LE DOCUMENT : SOURCE DE L’ŒUVRE

 

 

1. Le document reproduit

 

       1.1 Le document source d’inspiration

Les artistes s’inspirent d’une image, d’un texte, d’un enregistrement, qui ont à l’origine une vocation plutôt documentaire.

 

- Prévert. Grand Bal de Printemps / Charmes de Londres. Le cherche Midi, 1951 / 1952

Prévert a réalisé des recueils de poèmes à partir de photographies de son ami Izis. Beaucoup de poètes à la même époque écrivent des textes accompagnés de photographies.

 

- Philippe Delerm. Les amoureux de l’hôtel de ville. Gallimard,1993

Philippe Delerm a écrit un roman à partir du célèbre cliché de Doisneau : son narrateur, François, ne comprend pas pourquoi ses parents lui ont toujours dit être le couple de la photo...

 

- Julien Derôme. Mon cher Rémi, Nuit Myrtide, 2007

Julien Derôme imagine un échange épistolaire entre les personnages d’un album de famille trouvé aux Puces.

 

-Michaël Morpurgo. An Elephant in the Garden. Harper Collins, 2010

Mickaël Morpurgo explique sa façon de travailler « je coupe des articles de journaux : l’histoire d’un japonais qui a vécu 7-8 ans seul sur une île a inspiré le personnage du vieux japonais de mon roman. J’écoute les histoires à la radio, comme celle d’une femme travaillant dans un zoo à Belfast, qui a sauvé un éléphant pendant la guerre. J’ai fait une recherche sur Internet : l’ordre était donné de tuer les animaux si les avions arrivaient. Ça a donné L’éléphant dans le jardin, le dernier livre que j’ai écrit. L’histoire de la jeune fille australienne qui rame et raconte son histoire sur Internet est une histoire vraie, celle d’une jeune fille qui voulait gagner de l’argent, pour lutter contre la maladie dont son père est mort. »

 

 

 1.2 Le document pastiché


La copie de tableaux célèbres est une pratique courante en art, une façon d’aiguiser son regard, de s'entraîner.

Le plagiat consiste à s'inspirer d'un modèle que l'on omet, délibérément ou par négligence, de désigner… 

Le pastiche est une imitation du style d'un auteur ou d'un artiste, qui ne vise ni le plagiat, ni la parodie, ni la caricature.

La limite entre l'inspiration, l'imitation et le plagiat est parfois très difficile à déterminer !

 

- Léonard de Vinci. La Joconde, 1507, Musée du Louvre

- SALAI (1480-1524). Monna Vanna

- Eugène Bataille, 1883

- Marcel DUCHAMP. LHOOQ, ready made, rectifié, crayon sur reproduction de la Joconde, 1919

- Fernand LEGER. La Joconde aux clés, 1930

- Salvadore DALI. Autoportrait en Mona Lisa

- Andy WARHOL.Trente valent mieux qu'une, 1963

à - Fernando BOTERO (1932-)

Le portrait de la Joconde a été un des plus copiés (une 50aine de tableaux au 17e et 18e siècle) et pastiché. Les artistes d'avant-garde, mais aussi la photographie, l’édition de presse, de cartes postales, les illustrateurs, les affichistes, la publicité se sont inspirés d’elle… L’intention des artistes peut être variée : hommage au grand maître, ou au contraire critique de la peinture traditionnelle… Mais tout en la détournant, on lui reconnaît une certaine permanence.

D’autres versions de La Joconde sur

http://www.ac-grenoble.fr/ien.romans/artice/Pages/Joconde.html

 

 

 1.3 Le document détourné


Les mouvements d’avant-garde de la fin du 20e siècle se fondent sur les mouvements précédents, pour approfondir leurs recherches, en les simplifiant ou en les complexifiant.

•L’abstraction s’appuie sur… le cubisme

•L’art cinétique sur… le constructivisme

•L’art conceptuel sur… Marcel Duchamp

•Les Nouveaux réalistes sur… les surréalistes

•Fluxus sur… Dada

Etc.

 

* Le Pop Art est né en Angleterre dans les années 50 et se poursuit aux Etats-Unis dans les années 1960. Le mot vient d’une abréviation de « popular art » en anglais, ou « art populaire » en français. Ce mouvement dénonce la société de consommation et ses conséquences sur notre comportement au quotidien. Il met en évidence l'influence de la publicité, des magazines, des bandes dessinées et  de la télévision sur nos décisions de consommateurs. Les images sont réutilisées, détournées, transformées en œuvre d’art pour mieux les critiquer. Les techniques picturales utilisées n'étaient auparavant pas considérées comme artistiques, mais industrielles et le principe d'unicité d'une œuvre d'art est remis en cause.

 

- Andy Warhol. Little Electric Chair, 1965

Andy Warhol réalise des séries : l’œuvre n’est plus unique, mais reproductible. Il part d’images de l’actualité, des photos de star, des affiches de pub… Ici, la photographie de la chaise électrique renvoie à une douloureuse réalité de la justice américaine.


- Roy Lichtenstein. Crak! Now, Mes Petits... Pour La France!, 1963

Roy Lichtenstein reproduit des vignettes de Comics, tellement agrandies qu’on en voit la trame. « Plus mon travail est fidèle à l'original, plus il est critique et lourd de sens ». Son travail est très critiqué à l’époque : on conteste l’originalité de son travail. Peut-on encore parler d’œuvres d’art ?

 

* Dans les années 1980, la Figuration narrative a pour ambition de décrypter un monde saturé de représentations. Les artistes s’inspirent du cinéma, de la bande dessinée et de la publicité.

 

- Errò. Rock and Role, 1996. Paris, Centre Pompidou

Erro (1932-) collecte et accumule, depuis les années 60, toutes les images qu’il peut trouver. Il les découpe, les assemble, et transfère en peinture ses compositions, très hétéroclites, associant des « informations contradictoires, les faux bruits journalistiques qui font l’évènement ». L’information, accumulée et dispersée sans sens, est détournée de son intention première.  

 

- Bernard RANCILLAC. Les Afghanes 2004. Acrylique sur 5 toiles 130 x 195 

Dans les années 1966-67, Bernard Rancillac (1931-) se penche sur les problèmes politiques de son époque. Il travaille à partir de documents tirés du réel : pub, photographie… qu’il projette sur la toile et recadre avant de les peindre. A travers sa peinture, il veut exprimer ce qu’il ressent face aux évènements. Mais il ne pense pas que l’art puisse véritablement transmettre un message politique. «Le journaliste et le photographe  sont plus présents sur l'événement et plus rapides en communication. Mais le peintre a le temps pour lui, le temps de s'enfoncer dans la chair du temps. Cela s'appelle l'histoire.»

 

- Etienne CARIAT, Arthur Rimbaud, 1871, Photographie, Bibliothèque Rimbaud, Charleville-Mézières

-Ernest PIGNON-ERNEST. Parcours Rimbaud, 1978, sérigraphie collée sur les murs de Paris

Pour la série « Parcours Rimbaud », Ernest Pignon-Ernest a collé ce portrait, inspiré d’une photo, dans les rues de Paris et le long des routes de Charleville, où Rimbaud est né. Cette trace imaginaire du poète est fragile : elle est amenée à disparaître avec les intempéries… Les images de l’artistes sont parfois plus en lien avec l’actualité, comme la série des expulsés, en 1977. A travers cette démarche, l’artiste raconte l’histoire du lieu à sa manière : " ... au début il y a un lieu, un lieu de vie sur lequel je souhaite travailler. J'essaie d'en comprendre, d'en saisir à la fois tout ce qui s'y voit : l'espace, la lumière, les couleurs... et, dans le même mouvement ce qui ne se voit pas, ne se voit plus : l'histoire, les souvenirs enfouis, la charge symbolique... Dans ce lieu réel saisi ainsi dans sa complexité, je viens inscrire un élément de fiction, une image (le plus souvent d'un corps à l'échelle 1). Cette insertion vise à la fois à faire du lieu un espace plastique et à en travailler la mémoire, en révéler, perturber, exacerber la symbolique..."

http://www.pignon-ernest.com

 


2. Le document manipulé

 

       2.1 Le rôle de la légende

On peut manipuler le sens d’un document photographique par le choix de la légende.

Certains photographes de presse en ont fait les frais, comme Willy Ronis, les journaux ne respectant pas toujours leurs commentaires.

 

- Pierre Desproges. Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis

•Endiviers ruinés par la grande sécheresse de 1864

•L’abbé Pierre jette un œil sur la misère (photo Emmaüs)

•Les derniers moments de Charles de Gaulle (J.-P. Laurens)

•Le Tintoret (autoportraits), etc.

Pierre Desproges parodie ce procédé de manipulation. Dans son Dictionnaire, il choisit toujours la même image pour illustrer chaque mot (un par lettre !), ne changeant que la légende et montrant ainsi à quel point le texte modifie notre perception d’un document iconographique.

 

       2.2 Le document falsifié

La propagande désigne un ensemble d'actions psychologiques effectuées par une institution, déterminant la perception publique des événements, des personnes ou des enjeux, de façon à endoctriner ou embrigader une population et la faire agir et penser d'une certaine manière.

 

- Leaders soviétiques, à Moscou, 2e anniversaire de la Révolution d’Octobre, 7 novembre 1919

et Image retouchée : Trotsky (lunettes, casquette) et Kamenev (en haut à gauche) ont disparu.

à Staline et Nikolaï Iejov.

et Image retouchée : Nikolaï Iejov est « gommé » après son exécution.

L'URSS, surtout sous le régime totalitaire de Staline (1924-1953), a utilisé tous les moyens de propagande : retouches de photographies, falsifications de faits dans les encyclopédies, les publications ou les manuels scolaires. L'histoire était réécrite, les événements du passé modifiés de telle sorte que les actions des autorités soviétiques soient dépeintes positivement.

 

- John HEARTFIELD. Adolph The Superman, , Photomontage, 1932

- John HEARTFIELD. Millionen stehen hinter mir, Photomontage,  1932

Helmut Herzfeld, dit John Heartfield (1891-1968) est un artiste allemand, d'abord peintre, puis photographe, en lien avec le mouvement Dada. Militant révolutionnaire à Berlin avec Gorges Grosz, communiste, ses photomontages dénoncent violemment le nazisme. Bien qu’artificiellement construits, leur réalisme photographique les rend percutants, en font une arme persuasive. Ils sont souvent renforcés par une légende. Ils explicitent les mensonges politiques, la réalité sociale. L’artiste est contraint de se réfugier à Prague en 1933, puis à Londres.

Le photomontage et le collage photographique sont des techniques différentes, utilisées avec des intentions différentes.

- Dans un collage, différents types d’images peuvent être associés, et l’œuvre finale est le collage lui-même qui reste visible. On comprend immédiatement qu’il ne s’agit pas d’une photo.

- Le photomontage est un assemblage de photographies par collage (ou récemment par logiciel) donnant d'une photo un aspect différent, en introduisant une ou plusieurs parties d'une autre photo et permettant toutes retouches et trucages. Le spectateur peut avoir un doute sur l’image qu’il voit, être manipulé.

 

       2.3 Le document mis en scène

Certaines photos célèbres de l’histoire ont été mises en scène, posées ! L’intention est d’accentuer le sens du message, par rapport à celui d’une photo prise sur le vif.

 

- Joe ROSENTHAL. Le drapeau issé sur le Iwo Jima , 1945

Le 23 février 1945, Joe Rosenthal photographie cinq marines américains et un soldat infirmier, dressant le drapeau des Etats Unis sur le mont Suribachi, après la bataille contre les japonais. Cette photo est une seconde prise : aucun des trois hommes n'a planté le premier drapeau pendant les combats. Le photographe reçoit le prix Pulitzer de la photographie la même année. Cette image devient un outil de propagande américaine et fait le tour du monde.

 

- Evgueni KHALDEÏ. Le drapeau rouge, 1945

Le photographe Evgueni KHALDEÏ avait en tête cette photo de Joe Rosenthal, alors qu’il se rendait à Berlin, pour faire un reportage sur la fin de la guerre.

Il a choisi un lieu symbolique à Berlin, le Reichsta,g et fait fabriquer les drapeaux. Trois soldats soviétiques ont posé pour lui.

 

Et pourtant, ces photographies fabriquées ont parfois une postérité plus forte que celles prises sur le vif ! La photo de Joe Rosenthal a inspiré d’autres artistes :

 

 - Edward KIENHOLZ. The portable War Memorial, 1968, technique mixte, 289,6 X 243,8 cm

Le sculpteur pop Kienholz la détourne pour faire une œuvre pacifiste dénonçant la guerre au Vietnam.

 

- Clint Eastwood, Mémoires de nos pères, 2006. Photo extraite du film

Clint Eastwood la met en scène dans un film qui rend hommage à l'héroïsme des six soldats qui participèrent à la bataille d'Iwo Jima. Il propose une réflexion sur la propagande et l'héroïsme. Il reconstitue la bataille, mais aussi la campagne de collecte de fonds de trois des soldats pour renflouer les caisses vides de l'État pour continuer l'effort de guerre. Les soldats sont coincés entre leurs douloureux souvenirs de cette bataille, leur rôle médiatique et la réalité de cette photo…

 

- Joan Fontcuberta. Spoutnik, 1997

- Portait original d’un groupe de communistes soviétiques en 1967 et le même document, tel qu’il fut publié dans le livre Vers les étoiles de Boris Romanenko, 1975

- Ivan Istochnikov et la chienne Kloka dans leur historique voyage extra-véhiculaire

Joan Fontcuberta veut démontrer qu’une image photographique n’est pas forcément « vraie ». Il crée des documents vraisemblables, il suscite le doute chez le spectateur et l’incite ainsi à être vigilant.

Dans sa série « Spoutnik », il raconte que le colonel Ivan Istochnikov fut le pilote d’un engin spatial russe en 1968. Il est parti, accompagné de la chienne Kloka, pour expérimenter les effets biologiques de la microgravité. Mais il a disparu au cours d’une mission extra-véhiculaire. Seule la chienne a été retrouvée. Le Kremlin, pour ne pas reconnaître cet échec, a alors effacé toute preuve de l’existence du colonel, n’hésitant pas à déporter sa famille en Sibérie et à effacer le visage du colonel sur les photographies. http://www.orbit.zkm.de/?q=node/121

 

Cette histoire est-elle vraie ?

Non : ces photographies sont des fictions !

Mais elles ont des allures de documentaires, parce que  :

* elles font référence à des faits historiques :

-Pendant la deuxième guerre mondiale, de nombreuses photographies historiques ont été retouchées pour effacer certains personnages.

-La chienne Laïka est le premier être vivant à avoir voyagé dans l’espace, lancée par l’URSS à bord du Spoutnik 2 en 1957

* elles sont accompagnées d’un texte à la façon d’un reportage de magazine

 

 

3. Le document (re)créé

 

       3.1 L’œuvre-message

Benjamin Vautier dit Ben (1935-), est un artiste français d'origine suisse. Il est membre du groupe Fluxu. Né dans les années 1960, ce courant touche les arts visuels, la musique, la littérature. Par un humour dévastateur et provocant, il veut exploser les limites de la pratique artistique, abolir les frontières entre les arts et la vie. Il est aussi proche du Lettrisme, mouvement de 1945 qui s'attache à la poétique des sons, des onomatopées, à la musique des lettres. C’est un «art qui accepte la matière des lettres réduites et devenues simplement elles-mêmes ». Dans ces deux courants, le message est un objet artistique. L'écriture Ben, un peu ronde et enfantine, est devenue sa marque de fabrique à partir des années 60. Le mot, la pensée, le slogan et l'écriture sont à la base de son œuvre. Il interpelle le public par ses réflexions sur l’art : quelle est la place de l’art et de l’artiste dans la société ?

http://www.ben-vautier.com et http://lesmotsdeben.skyrock.com

 

- Claude CLOSKY. Sans titre (Supermarché), 1996-99. Papier peint

- Sans titre (NASDAQ), 2003 ? Papier peint

à-Sans titre (316881) ; Pièce unique. Acrylique sur toile. 210 cm de diamètre.

- Sans titre ; Deux œuvres exposées à la Galerie Laurent Godin, 2010

Claude Closky (1963-) est un plasticien français. Il réalise plusieurs œuvres sur des supports électroniques, notamment des sites Internet. Il travaille autour du  langage : images, textes, chiffres, et sons prélevés dans notre environnement. Il part souvent d'une observation des médias, et s’empare des codes de la publicité, de supports tels que l'affiche, le magazine… Tout document, isolé de son contexte, peut devenir œuvre d’art. Des prospectus de supermarchés ou des tickets de caisse sont détournés en papiers peints … en vente dans les magasins de décoration ! Un graphique censé indiquer des statistiques devient un tableau de forme classique, le tondo, sans légende pour en comprendre la signification. Des syllabes sont découpées dans des journaux et assemblées

http://www.sittes.net/menu

http://www.laurentgodin.com/artists_detail.php?id_artiste=3

 

       3.2 De la mémoire collective à la mémoire individuelle

A la fin du 20e siècle et au début du 21e siècle, on observe moins de mouvements artistiques. Les artistes, souvent indépendants de tout mouvement, sont « plasticiens » : ils utilisent diverses techniques (peinture, photographie, vidéo, installations…). Les collectifs d’artistes existent, mais plus pour s’entraider, avoir plus de visibilité dans les médias, que pour défendre une idée commune, comme pouvaient le faire les surréalistes, en écrivant un Manifeste commun. L’historien d’art a moins de recul sur l’art très contemporain, c’est pourquoi il est peut-être plus difficile d’opérer des rapprochements.

Des façons très variées de créer apparaissent : chacun invente ses propres règles. Et le rapport à soi est de plus en plus important, tant dans l’art que la littérature. L’artiste est le sujet de son œuvre et les documents qu’il intègre, souvent autobiographiques.

 

-Christian BOLTANSKI. Vitrine de référence, 1971. Boîte en bois peinte sous plexiglas, Bois, plexiglas, photos, cheveux, tissus, papier, terre, fil de fer. 59,6 x 120 x 12,4 cm

- Monument Odessa, 1991. Technique mixte

Les oeuvres de Christian Boltanski interrogent la mémoire, que ce soit celle de son histoire individuelle ou celle de l'histoire collective. Ses œuvres ont à la fois une valeur autobiographiques et une portée universelle. Né à la fin de la 2de guerre mondiale, sa famille juive est marquée par l’Holocauste. « Une grande partie de mon activité est liée à l’idée de biographie, mais une biographie totalement fausse et donnée comme fausse avec toutes sortes de fausses preuves.»

Il réalise des vitrines où il expose des objets personnels comme des reliques ou des éléments issus de fouilles archéologiques témoignant de civilisations perdues. Il parodie ainsi le Musée de l'Homme : on y voit, dans des vitrines un peu poussiéreuses, des objets à l'origine sans vocation esthétique, mais plus documentaire qu’artistique, auxquels le musée a retiré leur valeur d'usage.

Il crée des mémorials et des reliquaires qui évoquent la Shoa, en utilisant des photos floues d’enfants, encadrées sur des boîtes de biscuits rouillées et disposées au milieu d’ampoules alimentées de vieux fils électriques qui s'entremêlent. On pense aux enfants juifs morts dans les camps. Pourtant il ne s’agit que de photos anciennes sans relation avec ce passé. Le matériel semble dater de la guerre, alors que l’on trouve encore les ampoules dans le commerce. Est-ce un témoignage réel ou fictif ? Ce document n’est pas réel, mais tout est vraisemblable.

 

- MARBLEU . Les Vide-mémoires de: Thérèse et Léon ou le carnaval de Venise, Peines perdues, La valise d’Orphée

« Pour extraire la douleur du temps qui s’écoule de moi-même… ces objets précieux, utiles, futiles parfois, fanés, palis, usés et abandonnés par des mains mortes, symboles de la vie même où le présent devient inéluctablement passé, de la vie ondoyante dont ne restent que des souvenirs. »

Le travail de Marbleu n’est pas que nostalgie du passé : les titres décalés proposent un regard humoristique sur ces objets et documents d’un autre temps. Les boîtes sont accompagnées d’une bande sonore.

http://www.marbleu.fr/fr

 

- Françoise PETROVITCH. Radio-Petrovitch, 2000-2002. Extraits

Françoise Petrovitch (1964-) réalise une série, à partir des informations entendues à la radio. Elle commence le jour de son anniversaire, le 27 mai 2000 et s’arrête deux ans plus tard. « Le matin à 7 heures, j'écoute France Inter, c'est rituel. « Bonjour ! » Ce salut matinal agit comme un signal. Je procède toujours de la même manière : A la première information entendue, sans la choisir, j'y réponds immédiatement par un dessin ; ce n'est ni une illustration ni un dessin de presse. Dans la même journée, je réalise un deuxième dessin qui évoque un moment de ma vie quotidienne. Le rapprochement définitif des deux dessins rend compte d'un jour où l'intime côtoie ainsi le collectif. »

http://www.francoisepetrovitch.com/home.html

 

       3.3 L’autofiction

L’autofiction est un genre contradictoire, qui associe l’autobiographie ou autoportrait, ancré dans le réel, et la fiction. L’autoportrait est largement illustré dans l’histoire de l’art, et complètement renouvelé à la fin du 20e siècle. Les artistes brouillent les pistes entre leur vie, l’actualité, la fiction, n’hésitant pas à créer de faux documents, pour donner l’illusion du vrai.

 

- Annette MESSAGER. Ma Collection d'Expressions et d'Attitudes Diverses, 1974

à La chambre secrète de la collectionneuse. Exposition « Les messagers », Centre Pompidou, 2007 

à Mes Vœux, 1980

Au début des années 1970, Annette Messager réunit ses « Collections » : 56 albums de photos et phrases extraites de la presse, annotées et modifiées dans des journaux intimes. Elle mêle la vie d’inconnus à la sienne. Annonces matrimoniales (Le Mariage de Mlle Annette Messager), coupures de presse (Les Hommes que j'aime/j'aime pas), photos (Mes jalousies...), images de magazines (Les tortures Volontaires), dictons (Ma collection de proverbes), signatures (Petite pratique magique quotidienne)… Elle parle d’elle, mais nous incite à réfléchir aux significations dissimulées de nos propres existences. Elle dénonce aussi les clichés concernant la condition des femmes

Plus tard, elle crée des installations mêlant photographies, textes… En 1988, « Mes vœux » assemble, au bout de ficelles, des photos de fragments d’anatomie humaine. Absurde dislocation des corps, dans une société où l’image prime souvent sur l’harmonie sociale et individuelle.

 

- Sophie CALLE. Douleur exquise, 1984-2003. Extraits

- Prenez soin de vous, 2007. Extrait 

Sophie Calle est une artiste plasticienne, écrivain, photographe et réalisatrice. Elle interroge la vie des autres, pour mieux comprendre la sienne. Elle transforme sa vie en une sorte de reportage très subjectif, en associant textes et images. Pour Douleur exquise, elle raconte, sa rupture à des amis ou des inconnus, en échange du récit de leur plus grande douleur. Cette enquête est intercalée avec des photos et textes retraçant les jours qui ont précédé la rupture.En 2007, elle reçoit un mail de rupture et elle décide d’en faire le matériel principal de sa prochaine œuvre : Prenez soin de vous. « J’ai demandé à cent sept femmes, choisies pour leur métier, leur talent, d'interpréter la lettre sous un angle professionnel. L'analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter. La disséquer, l'épuiser. Comprendre pour moi. Parler à ma place. Une façon de prendre le temps de rompre. A mon rythme. Prendre soin de moi. »

http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ens-calle/ens-calle.html

 

Deux photographes américaines et leurs reportages autobiographiques…

- Cindy SHERMAN. Untitled Film Still #3. 1977, Courtesy Metro Pictures, New York

Cindy Sherman (1954-) réalise des séries photographiques, pour critiquer la place et le rôle que la société donne à la femme américaine dans les années 60-70 et sa représentation dans la société contemporaine. Déguisée, maquillée, elle sert de modèle. Elle est influencée par de nombreux types d'images : picturale, cinématographique, publicité, magazines…

 

Nan Goldin considère que la photographie permet de garder les traces de vie, faisant naître une deuxième mémoire. Ses images photographiques sont à la fois documentaires et autobiographiques. Elle tend à faire disparaître la distance entre l’art et le réel.

 


CONCLUSION

 

Quand on étudie une œuvre d’art, on se demande toujours à quelle source visuelle l’artiste a puisé. L’histoire de l’art permet de faire des rapprochements, des comparaisons, d’expliquer une œuvre par rapport à son contexte artistique, historique, sociologique…

 

  • Quels documents sont utilisés par les artistes ?

Photo de presse

Livre, journal

Emission de radio, musique

Vidéo…

 

  • Avec quelles techniques sont-ils intégrés à l’œuvre ?

Collage

Reproduction

Inspiration

Création…

 

  • Quelle est la position des artistes par rapport au document ?

Collection / Choix

Respect / Détournement (pastiche, falsification…)

 

  • Quelle est leur intention ?

Remettre en question l’art traditionnel

Remettre en question la société de consommation

Inciter à prendre du recul par rapport à la fiabilité de l'image, du document

Faire réfléchir aux problèmes d’actualité : guerre, condition de la femme…

Ancrer son œuvre dans le temps, la mémoire collective…

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Publié par Mathilde Bernos - dans Histoire des Arts
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