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  • Mathilde Bernos
  • Enseignante-documentaliste depuis 1998, j'exerce en collège dans l'Académie de Nice. J'ai animé des formations sur la littérature jeunesse, les carnets de voyage et les blogs dans l'Académie de Versailles.
  • Enseignante-documentaliste depuis 1998, j'exerce en collège dans l'Académie de Nice. J'ai animé des formations sur la littérature jeunesse, les carnets de voyage et les blogs dans l'Académie de Versailles.

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 17:20

Dans le cadre d'une rencontre des "Visiteurs du Soir", organisée par La Joie par les Livres à la BNF, jeudi 21 octobre 2010, le maître de conférence Matthieu Letourneux a présenté et interrogé l'écrivain Fabrice Colin.


 

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ML- Fabrice Colin est auteur pour la jeunesse et les adultes, scénariste de bandes dessinées (« La Brigade Chimérique »), auteur de pièces radiophoniques… Son œuvre est très prolifique et aborde des genres très variés : science fiction (Les enfants de la lune), fantastique (Les étranges sœurs Wilcox), histoire (La Saga Mendelson), novélisation (Duel Masters)…. Cependant, on peut y voir une cohérence thématique et narrative. Notamment, la question de la mémoire, la confusion entre réalité et fiction, l’infuence anglo-saxonnes sont récurrentes. D’où vient ce plaisir de la variété, de l’exploration des formes ?

 

FB- Certains écrivains creusent toujours le même sillon. Il y a du positif et du négatif dans les deux approches. Moi, j’ai ce besoin presque complusif de varier fréquemment les styles d’écriture, les époques. Même la production pour adulte répond à cet impératif de changer de style. Je ne suis pas le seul dans mon cas. Quand je regarde les écrivains contemporains, mes amis, on est les enfants de la pop culture, nourrie de cinéma, de jeux vidéos de « mauvais genres » (SF, polar, BD)… On recycle des genres de littératures populaires successivement mis à l’index et désignés comme pauvres. C’est ce que je lisais quand j’étais ado et très naturellement, c’est ce que j’ai commencé à écrire. L’imagination est comme un muscle : plus on écrit, plus on travaille, plus on a envie de se frotter à de nouveaux genres, de nouvelles choses. Je ne m’interdis pas grand chose !

 

ML – On retrouve même une articulation de différents genres dans la même œuvre, avec des chapitres pastichant des styles littéraires (la piraterie…). Qu’est-ce qui explique ce goût du brassage ?

 

FC – Le lectorat est confronté à une production abondante, pour le meilleur comme pour le pire. C’est un marché. Il y a une floraison de titres. Au début, on porte l’histoire en soi, on l’écrit et peu importe s'il y a des lecteurs ou pas. Au bout d’un moment, on vieillit, on mûrit en tant qu’écrivain. On se demande ce que l’on peut apporter. Qu’est-ce qu’un bon auteur ? Quoi qu’il écrive, il peut se targuer de produire quelque chose dont on reconnaît le style, une identité d’écrivain. Ce doit être ça, dans un univers éditorial envahi par une production standardisée, avec des codes efficaces, mais qui ne sont que ça. « Page turner » : on tourne les pages, on veut savoir la suite. Mais vite lues, vite oubliées. Je suis aussi nourri d’écrivains post-modernes, comme Nabokov : récits enchâssés dans le récit, confusions entre auteur, narrateur et personnage… Mais en jeunesse, il faut y aller mollo, sinon on perd le lecteur ! Les jeunes… - je n’aime pas dire « les jeunes !... - Bon, les jeunes vivent dans des univers pas super propices à la lecture. Il faut les amener à ce plaisir qu’ils ont spontanément à 8 ans et qu’ils perdent au bout d’un certain temps, surtout les garçons. Il y a une exigence de lisibilité et d’efficacité du récit. L’auteur jeunesse obéit à ces codes-là, pour des lecteurs débutants, mais on lui montre qu’on peut jouer avec la lecture, lui faire croire des choses qui ne sont pas vraies, susciter des réactions. Je ne réfléchis pas toujours à la forme. Je cherche un équilibre entre comment moi je peux m’amuser en tant qu’auteur, présenter des formes nouvelles et pertinentes et rester dans les canons de la littérature jeunesse. L’auteur jeunesse a la chance de rencontrer souvent ses lecteurs, dans le cadre scolaire. Un auteur pour adulte va dans les salons, les gens arrivent pour dire « c’est merveilleux ce que vous faites » et on répond « oui, je sais ». Je caricature ! Mais les auteurs sont souvent confrontés à des louanges. Du coup, on progresse difficilement. Quand un gamin de 13 ans vous dit « qu’est-ce que vous voulez prouver avec vos livres ? », là on est dans le combat que devrait être la littérature : une remise en question permanente. 

 

ML – Plus on avance dans le temps, plus on assiste à une émancipation de votre écriture, des montages sophistiqués de documents, comme dans « la Saga Mendelson ». On a l’impression que vos ouvrages jeunesses sont nourris des expérimentations des livres pour adultes, dans des formes plus accessibles. 

 

FC – Je suis arrivé dans la littérature jeunesse il y a une dizaine d’années. Le lectorat évolue. Avec « Twilight », on ne parle pas d’écriture, mais de thématique. Il y a une plus grosse production, donc il faut se démarquer. Je m’ennuie en tant qu’auteur au bout d’un moment. Raconter de façon linéaire la saga d’une famille, je me serais ennuyé et ça a déjà été fait. J’ai respecté le principe de plaisir chez l’écrivain. En terme de technique littéraire, on pense au lecteur, à faire quelque chose de lisible. Mais je pense qu’on peut raconter n’importe quoi. La Saga Mendelson est une sorte de collage, mais chronologique. Le lecteur a l’impression de lire un magazine. C’est un peu ludique. Autant inventer de nouvelles formes si on peut et si on en a envie. Il y a un complexe des auteurs français de ne pas être anglais ou américain. Puis, une jubilation d’être publié. On le prend comme un honneur, une récompense… c’est pourquoi les auteurs gèrent mal leurs à-valoir. Dans une collection, sous la houlette d’un éditeur, ça ronronne. Par exemple « Autre Monde » chez Mango. L’ancien directeur a passé la main et il a bien fait. Dans ce type de livres-là, on répond tous à des impératifs plus ou moins pédagogiques. Une fois qu’on a dit "la pollution c’est mal, la manipulation génétique c’est mal"… on a vite fait le tour.

 

ML – Dans les œuvres récentes, il y a une tendance à emprunter à des figures de la culture populaire romanesque (les monstres de Lovecraft, Sherlock Holmes…). C’est une plongée assumée dans les œuvres, que l’on réexplore.

 

FC - Réactiver des personnages littéraires ou ayant existé, c’est merveilleux, car il n’y a pas de risques de procès ! Dracula, Sherlock Holmes… On finit par se demander, a-t-il vraiment existé ? Je suis sûre qu’à un moment il y a une confusion. Certains personnages littéraires ont une telle force, qu’ils sont devenus réels, voir plus que leurs créateurs. Cette tradition de reprendre des personnages est ancienne dans le roman français. Elle va de pair avec la réactivation des personnage comme "La ligue des gentleman extraordinaires", avec le capitaine Nemo, Dr Jekyll… Je ne suis pas le seul à faire ça. Pourquoi n’y a-t-il plus de super héros en Europe après la Seconde Guerre Mondiale ? Tout semble se passer aux Etats-Unis. Je n’ai pas encore trouvé de réponse à 100 % satisfaisante. Les héros sont l’équivalent des figures mythologiques de l’ancien temps. Déjà, dieu est mort, mais Zeus, n’en parlons pas ! Et pourtant, il y a ce besoin d’archétypes. C’est important de se souvenir que ce patrimoine existe. « La brigade chimérique » remet ces vieux archétypes sur le devant de la scène. Je n’ai pas de réponse intellectuelle à fournir, sinon que c’est ludique ! S’il y a d’autres raisons, elles sont inconscientes. On ne se rend compte de ce qu’on a écrit qu’en lisant ce que d’autres on écrit… j’aime pas trop qu’on m’explique ce que j’ai écrit dans mes livres ! Avec tout le respect que je dois aux critiques. En tant que créateur, ça ne doit pas nous passionner. On ne devrait pas regarder ce qu’on écrit sur nous, en bien ou en mal.

 

ML – Vous êtes influencé par l’univers anglo-saxon. Portez-vous un regard critique sur la littérature jeunesse française jusqu’aux années 80 ?

 

FC – Je ne la connais pas énormément. L’Ecole des Loisirs a été très implanté, car il y a eu des accords avec le milieu scolaire. Il y a donc toute une littérature sur les problèmes de société… que je trouve très bien, mais ce n’était pas mon truc. C’est très vite l’heroic fantasy qui m’a intéressé et je suis passé au rayon adulte. Je ne suis pas spécialiste de la littérature jeunesse. 

 

ML – Quand on lit vos livres, on a l’impression qu’il y a une volonté de jouer sur le lien entre espace imaginaire et le monde de notre histoire à nous lecteur, y compris dans vos livres d’imaginations, comme « Le maître des dragons ». On rencontre Michael Ange, Galilée… Vous rapportez le romanesque à la matière réaliste. Dans « Enfants de la lune », un enfant pendant l’occupation allemande rencontre des elfes… Le monde se revendique d’un romanesque débridé et il y a un ancrage fort dans l’univers réel. Pourquoi ?

 

FC – Dans la fantasy, il y a plusieurs cas de figure. Il y a des mondes pour eux-mêmes, comme dans « Le Seigneur des anneaux ». Des mondes qui pourraient être notre monde avant, comme dans « Conan le Barbare ». Un passage de notre monde vers la fantasy, comme dans « Narnia ». Ou de la fantasy dans notre monde… Avec la science-fiction, on parle du futur, mais il y a un ancrage avec le réel. C’est un truc de démiurge. Tout ça est assez facile à faire. Ce n’est pas créer un monde qui est le plus difficile. J’ai créé des mondes pour des jeux de rôle. La grosse difficulté, c’est d’écrire une histoire avec ça… C’est une littérature de contrainte, car il faut raconter une histoire qui ne met pas 500 pages à démarrer. Et expliciter le monde, car il ne va pas de soi, si on l’a inventé. On a recours a des expédients : par exemple, on fait discuter deux personnages pour décrire. On peut faire mieux que ça, mais c’est compliqué. On s’investit dedans pendant des mois, des années. C’est fatigant ! On se retrouve avec des notes, des dossiers, pour finalement exploiter 20 % de ça. Les américains qui écrivent des séries, c’est comme un retour sur investissement ! On exploite le matériau. C’est tenant d’écrire, quand on sait qu’un public aime ce monde et attend la suite. Mais moi, je m’ennuie assez facilement et je ne me vois pas exploiter le même monde pendant 50 ans. Quand j’avais 15-20 ans, j’écrivais des scénarios de jeux de rôle. On se sentait investis d’une mission : réenchanter le monde. C’est altruiste et narcissique d’espérer aider les gens dans leur vie quotidienne. Au bout d’un moment, en quoi cela les concerne les histoires d’elfes et de hobbits ? Peut-être en ancrant ça plus dans le réel. Pas besoin d’aller dans le monde de Narnia ou du Seigneur des anneaux pour être heureux. Dans « La vie extraordinaire des gens ordinaires », pas besoin de vivre des choses magiques pour être heureux. La façon dont ça change la vie des personnages, ça c’est magique. Comment raconter des trucs incroyables avec l’histoire, comme dans « La Saga Mendelson ». N’importe qui est porteur d’une histoire. C’est plus ou moins passionnant, mais si vous finissez par creuser, c’est toujours intéressant. J’ai tendance à m’éloigner des mondes de fantasy pour aller vers des choses comme ça. Mais je continue à aimer aussi la fantasy.

 

ML - Comment se fait l’articulation avec les documents, les photos, dans La Saga Mendelson ?

 

FC – Ce projet est né de la lecture d’un livre sur les juifs qui ont inventé Hollywood (La Warner, La Fox, MGM…). Ces sociétés de cinéma ont été créées par des gens qui ont monté des salles de spectacle, puis on fait des films eux-mêmes. Peut-être un besoin de créer l’empire des histoires, car ils ont été dépossédés de la leur. C’était aussi un besoin de raconter l’histoire du 20e siècle à des jeunes lecteurs. Quand j’étais en cours d’histoire, je baillais. Ce n’était pas la faute des profs, mais des programmes, la façon dont l’enseignement est conçu. Je voulais présenter des trucs du genre : « le 20e siècle, incroyable mais vrai ! ». Ou « Le saviez-vous ?»  Par exemple, quelle a été la plus grande catastrophe naturelle du 20e siècle ? Le tremblement de terre de Tangshan en Chine a fait 600 000 morts… Je présente des choses plus ou moins connues, qui sont sorties de l’esprit des gens, mais qui ont été très fortes à leur époque. Je voulais raconter l’histoire méconnue, par l’entremise d’une famille. Juive, car ce sont des gens qui ont des problèmes ! Je ne sais pas si la vie d’une famille péruvienne aurait permis d’avoir une vision globale sur le monde… Cette famille n’existe pas. J’ai créé des documents. Il a fallu rédiger des trucs en allemand, en russe, en anglais… Enfin, trouver des gens pour les traduire. Faire écrire par des mains différentes, y compris quand les personnages vieillissaient. Tout le monde s’y est mis ! Pour les photos, il faut demander les droits, surtout quand elles sont trouvées sur Internet. Pour les photos où on est censé voir les membres de la famille, j’ai pris des photos, où on ne voit pas trop, donc c’est difficile de dire si ce n’est pas eux ! Dans le 3e tome, les personnages partent en vacances et l’un dit "on n’est pas du genre à se prendre en photos". C’est une explication pratique ! Pour brouiller les pistes, j’ai fait appel à de soi-disant spécialistes de l’histoire, mais aussi à des personnages qui existent, comme un rabbin. Dans les remerciements, on ne sait pas vraiment qui est réel ou pas. 

 

ML – Dans tous ces romans, les personnages ont des problèmes de mémoire, une identité faussée, une relation au monde qui n'est pas le leur. Ce sont des personnages à qui on a retiré un souvenir, un monde d'où la mémoire s'est effacée, etc. Et la Saga Mendelson est constituée comme une mémoire collective, à partir de documents fictifs.

 

FC  -  Il n'y a pas de réponse toute faite : je n'ai jamais identifié ce qui dans mon histoire pouvait justifier le ressassement de ces thèmes-là. Dans "Americana", un psy pourrait expliquer tout ça. Une sorte de complexe d'imposteur que j'ai également ressenti le jour où j'ai eu le bac. Quand on a des idées, d'où vient notre inspiration ? Je ne sais pas… de l'inconscient… on touche à quelque chose de mystérieux, d'inquiétant. ça vient aussi de mes lectures. Nabokov joue beaucoup sur la vraisemblance, la vérité. C'est jouer avec le feu, car la confusion est souvent là, chez le lecteur. Même entre narrateur et auteur, quand le récit est à la première personne. Je prends souvent des précautions : qui dit "je" dans le roman ? C'est une question fondamentale. Dans « La vie extraordinaire des gens ordinaires », l'auteur Fabrice Colin présente ce livre comme récolté par un autre personnage. C'est une problématique fascinante : qui écrit, quand on écrit un livre ? Est-ce que c'est nous ? La personne réelle de la vie de tous les jours et celle qui écrit, pour moi, c'est quasiment deux personnes différentes. Quand c'est sorti de soi, ce n'est plus soi, c'est bizarre. mais il ne faut pas non plus que ce soit prise de tête ! Mais souvent, je ne peux pas m'en empêcher. C'est un peu un péché mignon…

 

ML - Et les prochains ouvrages ?

 

FC - Le polar qui va sortir en 2012 est un peu spécial. C'est une histoire présentée comme réelle, comme m'étant déjà arrivée… ça me pose question… En plus, par rapport à mes parents, qui sont là, dans la salle… parce que dans le roman, mon père est mort dans l'attentat de l'avion tombé sur le Pentagone ! On joue avec des concepts un peu tordus, qui ramènent à la question : qu'est-ce que doit être un livre ? Si j'écris "je", est-ce que j'ai le droit de vous mener en bateau ? Si c'est un témoignage, est-ce grave de mentir ? Quand une radio juive m'invite et me demande si j'ai rencontré la famille Mendelson et où ils en sont aujourd'hui, je suis un peu mal ! Pas mal d'écrivains disent, un livre, c'est juste raconter une histoire. Je trouve que c'est un peu embêtant. Mais il y a une vertu hypnotique dans les séries comme "Plus belle la vie". On veut la suite. ça doit faire appel à un cerveau reptilien… Je me demande s'il y a un ordinateur derrière tout ça. Mais en tant qu'écrivain, on doit faire plus que ça. C'est un truc de transmission. C'est ce qui rapproche le plus de la magie. Le style, c'est quelque chose de merveilleusement abstrait, ce serait difficile à expliquer à un extra-terrestre. Avec la littérature, on veut aussi faire réfléchir. 

 

ML- Et par rapport à l'écriture de votre blog. C'est encore un autre type d'écriture ?

 

FC - C'est un truc complètement narcissique ! Les gens qui le lisent, c'est vraiment parce qu'ils le veulent bien. Je vais parler de mes goûts, j'essaie de ne plus parler de politique… C'est un truc un peu altruiste… faire profiter les autres de sa culture… Mais est-ce altruiste ou égocentrique ?  Peut-être les deux… Je ne raconte pas une histoire, mais ce que j'ai lu, écouté. Je fais des liens vers des chroniques ou interviews que j'ai faites. Les retours sont plutôt positifs. Les gens perçoivent peut-être plus la dimension  altruiste que égocentrique ! Quand on me dit "j'ai découverte telle musique grâce à toi", ça fait plaisir. Après, il y a Facebook, et ça complique la donne. Que doit être un écrivain ? Son propre agent, son propre publicitaire ? Est-ce à moi d'indiquer dans quelle librairie je signe ? Non, c'est à mon éditeur, mais il ne touche pas forcément le même public que moi. ça commence à être lourd, cette virtualisation des échanges. Mais en même temps, je risque peut-être de passer à côté de quelque chose. Tout ce qu'on fait n'a pas vocation à être communiqué à tout le monde. Avant, je ne faisais pas de journal intime, je n'envoyais pas des lettres à tous mes copains pour dire ce que j'écoutais ! Le blog est gratuit. Over-blog propose de gagner de l'argent en mettant de la pub, c'est hors de question !  Mais écrire des livres, c'est un métier avec lequel on gagne sa vie.

 


 

Les gens présents dans l'assistance posent à leur tour des questions :


- Comment présenter des livres aux enfants ?

 

FC - En faisant de la lecture à voix haute. Faire venir quelqu'un de l'extérieur, un peu foufou et les cheveux au vent, ça peut marcher ! De toutes façons, tout le monde n'est pas fait pour la lecture. J'ai dû lire 50 ou 60 "livres dont vous êtes le héros". Quand on est ado, on est parfois bloqué sur un truc. Mais il ne faut pas complexer les gamins en disant "c'est pas ça qu'il faut lire". Je lisais Philippe Djian, quand j'avais 15 ans. J'ai cette  étrange maladie qui est qu'on ne peut pas se déplacer sans livre. On ne sait jamais : si le métro reste bloqué quatre jours, pendant que tout le monde réfléchira à qui va être mangé, moi, j'aurai mes livres ! Quand la littérature devient une dépendance, c'est gagné ! L'écrivain, c'est quelqu'un qui se nourrit de la vie, restitue son expérience de la vie, de l'amour… sous forme de livre. Lire, c'est la meilleure manière d'approcher les expériences que l'on n'a pas vécues. Quelques livres ont vraiment été des expériences extraordinaires et très formatrices, voire m'ont aidé à un moment de ma vie. Mais quand c'est un prof qui le dit aux ados, c'est difficile !

 

- Est-ce que vous suivez les modes littéraires actuelles ?

 

FC - Il ne faut pas se plier aux modes, qui viennent à 99 % des USA. Le temps que ça arrive, c'est déjà trop tard pour toi en tant qu'écrivain. Si tu te contentes de faire la même chose que Stephanie Meyer, tu seras moitié moins riche qu'elle ! ça ne marche pas si on se dit "je vais faire un truc sur les vampires, parce que c'est ça qui plaît". 

 

J'ai eu l'idée de "la vie extraordinaire…" en écoutant une musique d'Alain Bashung, alors que je devais faire le tome 3 d'un livre sur les vampires. La dimension de plaisir est très importante. On doit se dire non, "qu'est ce que le monde veut que j'écrive", mais "qu'est-ce que je veux écrire". Le plaisir de l'écrivain se transmet au lecteur.

 

- Quelles ont été les sources d'inspiration de « La vie extraordinaire des gens ordinaires » ?

 

FC - La chanson "La nuit je mens" m'a donné envie de raconter des trucs  la fois poétiques et du réel, du quotidien. Un déclic peut venir d'une émotion. Et j'ai des cahiers remplis de textes de deux, trois lignes, des embryons d'histoires. Cela devient parfois des histoires, ou rien du tout… car je ne me souviens pas de ce que je voulais dire ou cela ne suscite plus rien. J'avais beaucoup d'idées, mais pas le temps pour faire un roman à partir de chacune et cela ne se justifiait pas toujours. Si j'ai été inspiré par des faits divers, c'est inconscient. Ces histoires sont plutôt des inventions. 

 

Pour l'histoire sur la mort du clown, l'éditeur était gêné. J'ai demandé à des ados de lire le livre, sur mon blog, et à toute une classe juste la nouvelle du clown et deux autres, sans dire laquelle posait problème. Je voulais venir avec des arguments pour l'éditeur ! Qu'est-ce que les gens sont censés en retirer ? Je n'ai jamais écrit un truc nihiliste. Même dans les trucs plus sombres, il y a toujours une lueur d'espoir. On sait tous qu'il y a la douleur et la mort, mais qu'est-ce qu'on fait avec ça ?

 

...


 

Présentation de "La Saga Mendelson"

http://lebateaulivre.over-blog.fr/article-36161187.html

 

Présentation de "La vie extraordinaire des gens ordinaires"

http://lebateaulivre.over-blog.fr/article-la-vie-extraordinaire-des-gens-ordinaires-57716915.html 

 

Blog de l'auteur 

http://fabrice-colin.over-blog.com

 

Comptes-rendus des Visiteurs du Soir

http://lajoieparleslivres.bnf.fr/masc/integration/JOIE/statique/pages/07_nous_connaitre/074_formation/visiteurs_du_soir.htm#cr

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Publié par Mathilde Bernos - dans Rencontres
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commentaires

gambadou 14/02/2011 08:57


nous avons demandé à le rencontrer dans le cadre du prix ados 2010-2011 ou un de ses livres est en compétition (les soeurs Wilcok)... en attente d'une réponse


Mathilde Bernos 17/02/2011 17:53



J'espère que vous pourrez le rencontrer ! C'est vraiment un écrivain passionné et passionnant !


N'hésitez pas à me tenir au courant...