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  • : Bibliographies de littérature jeunesse & activités autour de la lecture, la recherche documentaire et l'éducation à l'image (collège-lycée)...
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  • Mathilde Bernos
  • Enseignante-documentaliste depuis 1998, j'exerce en collège dans l'Académie de Nice. J'ai animé des formations sur la littérature jeunesse, les carnets de voyage et les blogs dans l'Académie de Versailles.
  • Enseignante-documentaliste depuis 1998, j'exerce en collège dans l'Académie de Nice. J'ai animé des formations sur la littérature jeunesse, les carnets de voyage et les blogs dans l'Académie de Versailles.

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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 17:56


 


Ces notes ont été prises dans le cadre d'un stage d'intégration au CLEMI, lors d'une présentation de la crise des médias et de « Médiapart » par Edwy Plenel, l'un de ses fondateurs, journaliste depuis 1970, au "Monde" depuis 1980, au service Education, puis directeur de la rédaction de 1996 jusqu'à sa démission en novembre 2004.


«  Combat pour une presse libre » est le « manifeste » de « Médiapart », expliquant la construction d'un média d'information indépendant ne devant rendre compte qu'à ses lecteurs et rappelant les principes fondateurs de la liberté de parole et du projet collectif d'une démocratie : « La liberté de la presse n'est pas un privilège des journalistes, mais un droit des citoyens ». Le journaliste a un rôle de passeur, dont l'enjeu est de transmettre des savoirs à ses lecteurs.
http://www.mediapart.fr/node/40609



1-    Qu'est-ce qui arrive aux médias aujourd'hui ?


Trois crises se conjuguent actuellement :

1-1    Crise économique

Nous vivons actuellement une troisième révolution industrielle, dont le numérique est le moteur, comme la machine à vapeur et l'électricité en leur temps... A chaque révolution industrielle, la société a connu un énorme bouleversement, des promesses de progrès, avec la création de richesses, de nouvelles utopies, mais aussi des « regrès », la disparition  de certains métiers, des anciens modèles économiques...

Dans les années 1980, quand Plenel a commencé à travailler au Monde, le modèle de la presse était encore très proche de celui du 19e siècle : les journalistes écrivaient à la main, une secrétaire retapait leurs textes... Ce système a perduré jusqu'en 1987, date de l'informatisation du journal (c'est pourquoi les archives du monde ne vont pas au-delà sur Internet). L'arrivée de l'informatique a supprimé des métiers : aujourd'hui le journaliste peut tout faire lui-même (à part imprimer le journal !).


1-2    Crise morale et professionnelle du métier de journaliste

L'affaire Dreyfus, vers 1894-1895 a marqué le début de l'ère médiatique. Le procès s'est accompagné d'une démocratisation de l'information, de la presse de masse. A cette époque, un journal devient moins chez à fabriquer, grâce à l'électricité et aux rotative. La presse de masse, en plein essor, est volontiers racoleuse. Il existe même des quotidiens gratuits, financés par la publicité.

S'impose déjà une réflexion : qu'est-ce qu'un journalisme de qualité ?
Veut-on s'adresser à une masse ? Ou à un public, ce qui implique une réflexion, une construction de ce qu'on lui propose ?...

A la fin du 20e siècle le rapport au temps, à l'espace sont chamboulés par le numérique. Le rapport entre le journaliste et le lecteur a changé. Le lecteur peut suivre l'information dans un temps immédiat sur Internet. Il peut écrire sur son blog, un site, sans avoir à passer par un journaliste pour rendre publiques ses idées... La démocratie appartient à tout le monde, sans privilège... avec ce que l'on peut trouver de pire et de meilleure dans cette facilité de rendre publiques ses idées. Le numérique est l'avènement du média personnel : le public choisit l'information qu'il veut lire (par exemple à l'aide des fils RSS) et qu'il veut publier. Les journalistes ne sont plus seuls détenteurs de l'opinion, du point de vue et il va falloir du temps pour qu'ils s 'y habituent...

Mais il ne suffit pas d'accumuler des informations, des savoirs pour être informé... Il faut savoir les trier, les hiérarchiser. Le rôle du journaliste est de recherche l'information, par le reportage (j'ai vu / je raconte) et l'enquête (j'ai trouvé / je démontre). En 1968, dans La Crise de la culture, Vérité et politique, Hannah Arendt opposait les vérités d'opinion (croyances...) qui ne seront jamais menacées) et les vérités de faits qui sont toujours menacées. C'est pourquoi il est vital pour un journaliste de rapport les faits : «  La liberté d'opinion est une farce si l'information sur les faits n'est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l'objet du débat. »


1-3    Crise démocratique des médias en France

Quelques constats :

- Tous les opérateurs principaux des médias ont aussi d'autres intérêts... Alors qu'après la Deuxième Guerre Mondiale, il était interdit à un groupe de faire à la fois de la publicité et de l'information, comme le groupe Bolloré actuellement...

- C'est la presse la plus chère d'Europe.

- Et la plus subventionnée par l'Etat... qui d'ailleurs l'utilise...

- La presse quotidienne est devenue une presse de type magazine, qui raconte au lieu de faire réfléchir... Les Unes sont presque toutes identiques. Alors que la presse en ligne propose des Unes différentes.

- La crise économique se répercute sur le financement de la presse.
La vieille industrie avait un modèle historique qui a fondé un journalisme de qualité, avec des recettes issues des ventes, des abonnements et de la publicité. Depuis les années 1930, la radio est un média gratuit car financé par la publicité. Toutes les démocraties ont imaginé un service public de l'audiovisuel. Mais pas de la presse papier. Pour la presse papier de qualité (comme Le Monde), la publicité était une source de revenus importante, car elle coûtait cher. Avec la crise, la situation devient intenable, d'où les grosses difficultés que connaît ce secteur en ce moment.

- La presse n'a pas encore trouvé de modèle économique et journalistique sur Internet.
Même si les journaux se sont tous mis à avoir une version sur Internet, ils n'ont pas pour autant encore trouvé comment l'exploiter. « Ce ne sont pas les propriétaires des diligences qui ont inventé les locomotives » (citation de Daniel Cohen ?). Notre vision du web est pour le moment liée à un moment de transition et nous n'avons pas encore suffisamment de recul. Beaucoup de contenus sont proposés gratuitement. D'un côté il faudrait acheter en kiosque car la qualité a un prix et de l'autre, l'essentiel des contenus est accessible en ligne ? Cela place le lecteur dans un choix schizophrène... En outre, quelle est la qualité des textes en ligne ? Un journal de qualité doit trier, choisir l'information. Notamment pour sa Une. Sur Internet, l'information change sans cesse. C'est un moteur internet qui change la Une du « Monde » sur le web... La modération est sous-traitée à des non-journalistes dont l'essentiel du personnel est délocalisée au Maroc... Les lecteurs répondent aux articles sous un pseudonyme, alors que dans un journal traditionnel, une lettre anonyme aurait été jetée, mais sur le web, tout le monde écrit sous un pseudo... Les codes changent... Le contenu, l'offre vont sans doute beaucoup évoluer. Tout est à repenser. Le numérique ne saurait être une déclinaison du papier existant.

Xavier Ternisien a publié dans "Le Monde" un article le 25/05/2009, « Les forçats de l'info », texte un peu caricatural, sur le travail des journalistes du web :
http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2009/05/25/les-forcats-de-l-info_1197692_3236_1.html
"Rue 89" y répond le 28/05/2009 : « Après l'article du Monde, les « forçats du Net » se rebellent »:
http://www.rue89.com/2009/05/28/apres-larticle-du-monde-les-forcats-du-net-se-rebellent



2-    Comment se situe Médiapart dans ce contexte ?

Dans ce contexte économique difficile, le web n'est pas en aval de la presse existante, mais au cœur, en amont par rapport à la presse papier. Car le web est un support de l'information rapide et multimédia qui supprime trois zones de coût de l'ancienne industrie : le papier, les machines, la distribution. Cette invention est encore imparfaite, n'a pas trouvé tous ses supports, mais permet ces trois économies, et d'être également plus écologique. Cela ne signifie pas la mort du papier, mais un autre rapport au papier, réservé pour des usages, un public et une temporalité différente de la presse quotidienne.

Médiapart a été fondé avec l'envie de sortir du climat dépressif de la presse, d'inventer, de retrouver le plaisir de faire du journalisme. Il regroupe 25 journalistes et quelques pigistes Ils sont issus de la presse papier traditionnelle de qualité : « Le Monde », « Télérama », « Reuters »... Il existe une grande diversité dans l'équipe. Leur conviction est qu'il ne faut pas résister au web, mais inventer, innover. Et que l'exigence de qualité doit être conservée. Internet peut permettre de défendre les qualités traditionnelles du journalisme : l'indépendance, la qualité et le participatif.


2-1    L'indépendance

Pour le moment, le chiffre d'affaire est insuffisant. La valeur de Médiapart réside dans la valeur de ses journalistes et son lectorat ! Médiapart devrait être rentable fin 2011. Il essaie d'obtenir une TVA à 2,1 % comme la presse papier (et non à 19,6 %). En Grande-Bretagne, il n'y a pas de TVA sur la presse...

Médiapart a des actionnaires. Mais si aux USA, des milliardaires investissent jusqu'à 10 millions de dollars dans le journalisme d'investigation, comme « Pro-Publica », considéré comme « non profit-organisation », ce n'est pas le cas en France.
http://www.propublica.org

Des revenus complémentaires sont assurés par la revente de contenus, par exemple, à « Marianne » ou à « Au fait », un gratuit marocain francophone qui reprend les enquêtes de Médiapart.
http://www.aufaitmaroc.com


Autres revenus complémentaire possible : les liens publicitaires et non des publicités. Sur le Net, la publicité rapporte quinze fois moins que sur le papier et, pour être rentable, suppose des niveaux de fréquentation astronomiques.

La gratuité n'est pas un modèle économique réaliste pour la presse de qualité en ligne. « 20 Minutes » a coûté 70 millions d'euros et n'est pas rentable... Le seul modèle viable est mixte, associant vente de contenus et gratuité du participatif. Le payant garantit l'indépendance

Une question en suspens : quel sera l'avenir des supports ? La lecture sur écran n'est pas toujours agréable... Médiapart va proposer une application Iphone. Pas de version papier pour le moment en raison du coût.


2-2     La qualité

Le web repose sur une invention très riche : le lien hypertexte. Il permet de faire en sorte que l'information soit toujours référencée, documentée. Il n'y a pas de limite d'espace sur Internet, qui permet au lecteur d'approfondir sa lecture, alors qu'un journal papier est clos. La technique doit apporter un plus et non être compliquée. Le web permet de faire facilement une revue de presse, une veille sur un sujet, d'associer d'autres médias, comme des vidéos. Et le journaliste peut se consacrer à l'essentiel, la « plus-value » qu'il ajoute à l'information brute : en triant et en approfondissant. Les journalistes de Médiapart rendent compte de la façon dont ils ont travaillé, pour restaurer la confiance des lecteurs. Edwy Plenel veut faire de la presse de qualité et aime citer Camus dans "Combat", le 31 août 1944 : "Elever ce pays en élevant son langage"


2-3- Le participatif

Le modèle emblématique du média participatif est le site coréen « Oh my news », dont le slogan est « Every citizen is a reporter ». Dans ce pays où la presse est si peu libre, une centaine de personnes retravaillent les articles envoyés par des citoyens, les trient... et sont rémunérés par le public.
http://english.ohmynews.com

En France Agoravox a tenté une approche similaire, mais il s'agit davantage d'un forum que d'un site de presse.

Médiapart est un journal de journalistes. L'abonnement revient à 10 centimes d'euros par « édition », trois par jour puisque le site propose trois Unes quotidiennes. Il y a également un semainier pour mettre l'information en perspective, des archives. Un système de « club » permet aux abonnés de contribuer. Etre abonné suppose d'adhérer à une Charte.

Quelques chiffres
- 20000 abonnés dont 15000 actifs.
- Le nombre d'abonnés augmente de 1000 abonnés par mois et le journal sera rentable à 40 000 abonnés.
- 500 000 visiteurs uniques par mois... Les abonnés peuvent partager les articles, comme un journal classique circule de main en main une fois qu'on l'a acheté... Des licences sont prévues pour les bibliothèques, établissements scolaires... Il y a donc plus de lecteurs que d'abonnés.

Pour Plenel, le fait d'être payant permet de « construire » son public. Sur « Rue 89 », la moitié des commentaires doivent être supprimés. Quasiment aucun sur Médiapart. En outre, même s'ils ont droit au pseudo, le journal sait qui sont les contributeurs, puisqu'ils sont abonnés.


    Cette rencontre m'a permis de prendre conscience de plusieurs choses, entre autres :

-    du numérique comme nouvelle révolution industrielle... avec ce qu'une révolution implique de changements dans nos repères, nos modèles, économiques, culturels...

-    de l'importance de l'indépendance de la presse par rapport à ses financeurs et par rapport à l'état, pour une information plurielle et libre.


Deux points à prendre en compte en initiant les élèves à la lecture de la presse...
 

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Publié par Mathilde Bernos - dans Presse
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commentaires

Anne Trifunovic Bouchez 09/06/2009 10:37

Bravo pour ce compte rendu très complet et très détaillé, qui brosse bien l'historique du passage de la presse papier à la presse électronique !
Anne Bouchez

Mathilde Bernos 09/06/2009 19:09


Merci beaucoup, mais tout le mérite en revient au conférencier passionnant dont je n'ai fait que reprendre les propos : Edwy Plenel.